lundi 12 juin 2017

TRESCO TROPHEE 2017 :Trois manches, trois victoires !

MERCI PONTOS :

"Nous gagnons le TRESCO TROPHEE 2017 grâce à nos winchs Pontos (modèle Trimmer) !

En effet, nous estimons gagner entre 10 et 20 secondes sur chaque virement de bord par rapport à nos winchs précédents. Jamais plus notre vitesse ne "tombe" à moins de 4 nœuds en sortie de virement et même, souvent 4.5 à 4.7 noeuds !

Compte tenu des faibles écarts à l'arrivée, avec 34 virements de bords effectués durant la seule première étape entre Morlaix et Guernesey, le temps gagné se chiffre  entre 5 et 10 minutes soit la différence entre la première et la troisième place." 

Témoignage de Jan Legallet et Daniel Bonnefoy sur le Sun Odyssey 40 "KARIBARIO"





EQUIPAGE :


Barre et stratégie : Jan Legallet

Tactique et navigation  : Daniel Bonnefoy

Embraque et réglages : Maxime Cheron et Baba

Piano et pliage du spi : Jacques Chaignon 

Grand-voile : Philippe Nadjar

N°2 :  Jacques Lemains 

N°1 : Florent Delacourt







 MORLAIX / GUERNESEY

92 voiliers au départ,
79 milles au près,
34 virements de bord,
Temps de course: 13 h 59 mn.

CLASSEMENT:

1  Sun Odyssey 40 : "Karibario ": Temps réel 13 h 59 mn Temps compensé : 12 h 30 mn

2  JPK 10.8 m "Glaz": Temps réel 13 h 11 mn Temps compensé : 12 h 33 mn

3  J 111 : " J4F ": Temps réel 13 h 10 mn Temps compensé : 12 h 52 mn

4  JPK 9.6 m "Cavok": Temps réel 14 h 20 mn Temps compensé : 12 h 53 mn

5  Grand Soleil 39 "Clezio": Temps réel 13 h 57 mn Temps compensé : 13 h 00 mn

6  XP 38   "M.Kervran ": Temps réel 13 h 19 mn Temps compensé : 13 h 06 mn

7  J 122  "...": Temps réel 13 h 23 mn Temps compensé : 13 h 10 mn


LE POINT DE VUE DU NAVIGATEUR:

Cette route est typique d'un exercice du Cours de navigation des Glénans des années 70. 

Avec une situation anticyclonique établie depuis quelques jours, la situation météo est compliquée. Nos fichiers vent Arôme nous indiquent du vent de 10 à 14 noeuds au 60°  adonnant jusqu'au 88° et fraichissant à l'approche de Guernesey. En outre, le départ est donné à contre-courant durant 4 à 5 heures alors que le coefficient est de 88.

Dilemne: 
Faut il laisser les Sept-Iles dans l'ouest en louvoyant de nuit au ras des cailloux de Trégastel et de Ploumanach?  
Ou bien traverser dans le fort du courant entre les Sept iles et les Triagoz en faisant une route directe vers l'ouest de Guernesey?  
La majorité des navigateurs n'envisagent que la première solution.

Dans la "grande" classe, nous avons du beau monde. A commencer par Armel Le Cléach sur l'XP 38 "Maisons Kervran" mais aussi des  J 111 et J 122,plusieurs JPK 9.6 et 10.80, des Grand Soleil et un X 43 plus une dizaine de second couteau du type Sélection ou JOD 35.





Meilleur cap, même vitesse pour le Sun Odyssey 40 !


Le départ à "l'anglaise" est donné à 19 h avec une jolie brise de 18 à 20 nœuds fraichissant à 23 après le château du Taureau. Bien partis dans une force de vent qu'affectionne notre Sun Odyssey 40, avec 7 équipiers au rappel,  le XP 38 et le X 43 "Scillonia" n'arrivent pas à nous passer au vent. A la bouée Stolvezen , nous partons bâbord amure dans un clapot cassant comme la majorité de la flotte en direction des roches de Primel. Cela nous surprend un peu de voir le "régional de l'étape " Le Cléach  tirer un bord plus vers le large.

Notre Sun Odyssey 40 affectionne le louvoyage avec 20 noeuds de vent. Nous évaluons les routes des uns et des autres ; les voiles rouges du XP 38 mais aussi, celles de "Glaz" un JPK 10.8 m redoutable. Armel Le Cléach est dans ses eaux. Nous aimerions le suivre mais il s'obstine à rester derrière nous, malgré son "gros" rating.



Après deux heures de régate, le XP 38 et le JPK 9.6 m toujours derrière.

Après les "Chaises de Primel", le vent mollit sérieusement, jusqu'à 8/10 noeuds. Nous souffrons dans ces conditions. 
Au gré des refusantes*, nous tirons des bords en jonglant avec quelques cailloux. En allant à terre, Le Cléach a trouvé une bande de vent et peut-être un même un contre-courant . Rapidement, il nous rattrape, puis nous double alors que la pénombre s'installe.








A la nuit tombée, nous louvoyons jusqu'à la bouée "Barr-ar-gall dans les roches du nord-ouest de l'Ile Grande, du côté de Trébeurden. Nous approchons du plateau rocheux des Elpeyo où j'ai l'intention de rester à l'abri du courant principal durant un mille. 

Malheureusement, au moment de virer, le feu rouge d'un voilier prioritaire qui s'obstine à rester à notre vent légèrement derrière nous nous en empêche.




                                                                Jacques et sa tablette...

Depuis un moment, le navigateur que je suis ruminais l'idée de faire un cap au nord en route directe vers Guernesey en passant en plein courant contraire entre les Triagoz et les Sept-Iles.

En effet, depuis le départ, la direction du vent est de 20 à 30 ° plus à droite que ce qu'indique nos champs de vent (Arôme) . Si cela se confirme, nous serons proche de la route directe lorsque que le courant se renversera vers le sud-est à 2 h du matin. 

Dans le cas contraire, nous tirerons quelques milles bâbord dans le sud de Guernesey au plus fort du courant favorable. Le pari vaut d'être risqué et je n'ai aucune difficulté à convaincre notre skipper.

Il est minuit, si le vent de 10 à 12 nœuds au 90° tient,  nous devrions passer à deux milles de l'Ouest des Sept-Iles.

Dans la nuit noire, nous nous engageons dans la veine de courant principale portant à l'ouest ( 2,5 nds ). Un voilier à notre vent nous gène, nous sommes dans ses "fumées". Nous faisons l'erreur de virer pour nous en dégager. La trace sur Maxsea est catastrophique.

A l'ouest des Sept-Iles, le courant est faible. Heureusement, car le vent tombe autour de 5 / 6 nœuds, toujours de l'est, voire de l'est sud-est (105 °). Notre route fond devient franchement nord-ouest avec une dérive de 45 °.

Heureusement, en le surveillant à l'AIS, nous constatons que notre concurrent le plus dangereux, le JPK 10.8 Glaz , n'est pas au mieux du côté de Mean Ruz. Il fait route contre le courant vers les Dervinis à 2,5 nœuds sur le fond !  Vers une heure du matin notre écart atteindra 10 milles !

Un feu de poupe nous précède et s'éloigne dans la nuit; nous supposons qu'il s'agit de "Sinequanon" une sorte de Class 40. Le vent revient enfin vers le 100 / 105° à une dizaine de nœuds, puis de 12 à 14.

Les six équipiers au rappel dans les filières s'ennuient un peu ; de temps à autre, une rare vague se charge de les réveiller. Le navigateur et le barreur surveillent leurs 6 cadrans en permanence, à l'affut de la  moindre modification: vitesse , anémomètre,  cap, route fond, vitesse fond, route vraie, vitesse et direction du courant. Les yeux balaient alternativement les cadrans rouges.


cadran de gauche, direction et vitesse du courant ( en bas, cadran de gauche).
cadran de droite, cap compas et direction du vent.

La visibilité est excellente dans cette nuit sans lune, la voie lactée illumine le ciel ; une étoile filante disparaît de temps à autre, la Grande Ourse et Cassiopée sont devant nous. Au loin, sans doute à 4 à 5 milles sur notre arrière tribord, nous identifions 5 feux de voiliers. Le phare de Roches Douvres clignote dans l'est.

Le courant commence à diminuer et tourner par le sud ; la renverse est proche. A la barre, Jan fulmine. Depuis deux heures, il n'arrive plus à dépasser les 6 nœuds avec les 12 nœuds de vent que nous avons régulièrement. Il décide: 
"On fait une marche arrière". 

Florian et Philippe enroulent le génois et les  7 équipiers disponibles, debout sur le roof,  poussent sur la bôme afin d'arrêter puis faire reculer les 8 tonnes de notre voilier.

Nous reprenons notre route mais à 6,5 / 6,7 nœuds cette fois. Manifestement, les algues qui nous freinaient ont disparu.
Le courant s'inverse progressivement vers le sud-est.
Curieusement, sa rotation s'effectue par le sud, alors que les cartes de courant indiquent une rotation dans le sens des aiguilles d'une montre !

Comme notre "fichier vent" l'indique, le vent fraichît  de 1 à 3 nœuds jusqu'autour de 15 noeuds, en refusant au 80° toutefois. Grâce à l'inversion du courant, notre route fond reste correcte. A 11 milles dans le sud-ouest des Hanois, afin de nous recentrer vers la flotte, nous profitons d'une refusante relative pour renvoyer bâbord amure  durant deux milles dans la veine de courant principale. Nous revirons tribord amure 20 mn après alors que l'horizon s'éclaircit dans l'est.







Une heure plus tard, à l'aube, nous profitons d'un nouveau refus pour nous recentrer vers les voiles que nous devinons maintenant dans l'est. Un mille plus loin, nous croisons devant un premier voilier que nous identifions comme étant le JPK 9.6 m "Cavok". Nous virons sous son vent. Progressivement, nous le "sortons" puis l'écart grandit ( 30 minutes à l'arrivée).




Copier le lien suivant pour visionner notre 30 ième virement de bord

https://youtu.be/pc--HIFdUhY



Le jour se lève, la pointe St Martin est en vue. 
L'équipage passe de longues minutes à identifier les quelques voiles au loin à notre vent. Il y a là bas, probablement le J 111, le XP 38, Sinequanon, l'X 43 Scillonia, un ou deux JPK 10.8 m. Plusieurs d'entre eux nous doivent 5 mn par heure. Avec notre petit rating, nous commençons à imaginer que "cela sent bon" mais nous n'oublions pas que "c'est après la foire que l'on compte les bouses".

Bien nous en a pris car, comme le redoutait Jan, un "tampon" important nous attend juste après la pointe St Martin. Notre vitesse chute à 2 / 3 noeuds et nous contraint à virer une 33 ième fois vers l'est à la recherche des risées que nous apercevons à un demi mille.

Après avoir souffert durant les deux derniers milles, nous franchissons la ligne d'arrivée située dans l'est de Castle Cornet après 13 h 59 minutes et 44 secondes de course, 34 virements et  en temps réel à moins de 45 minutes des voiliers les plus rapides.

Petit rating de la grande classe nous gagnons avec seulement 3 mn d'avance sur le JPK 10.80. A noter que si nous avions été le "gros" rating des flammes blanches, nous aurions aussi gagné devant le Dehler 33 de notre ami François Charles...











GUERNESEY /PERROS GUIRREC 
52 milles
Coefficient 107
Seulement 20 à 25 voiliers classés.
7ième en temps réel, 1ier en temps compensé.


LE POINT DE VUE DU NAVIGATEUR:

Nos fichiers vent Arôme nous indiquent du vent de 20 à 25 noeuds de sud-ouest au départ  adonnant en mollissant dans la matinée. En outre, le départ est donné à contre-courant durant 3 heures alors que le coefficient est de 107, qui peut occasionner des courants de 5 noeuds du coté de Roche-Douvres! Le choix de route me semble évident, faire de l'ouest contre le courant le long de la côte, puis plonger vers le sud sur le bord rapprochant à hauteur des Hanois .


La météo peu engageante n'incite pas les voiliers à sortir de la marina de St Peter. Sur la ligne de départ, sous le Castle Cornet, dans le Petit Russel, les rafales dépassent 25 nœuds.







Nous imaginons que le vent de sud-ouest établi sera de 25 nœuds voire 30 une fois passé l'abri de la Pointe St Martin. Aussi, nous décidons de sortir l'une de nos armes secrètes: la trinquette sur étai volant.

Les départs des petites classes s'enchainent toutes les huit minutes et, sur la plage avant, Baba, Florent et Jacques rencontrent des difficultés pour la gréer. Le temps s'écoule. Au signal préparatoire de notre classe,  la trinquette est enfin envoyée mais une écoute n'est pas passée dans le bon filoir. Le  coup de canon donné, nous sommes loin de la ligne que nous franchissons avec près de deux minutes de retard..

Etonnamment, sous-toilés sous deux ris et trinquette, notre vitesse reste excellente autour de 6,5 nœuds avec 20 nœuds de vent et des claques à 28. Devant nous, l'un des Sun Fast 36 démâte. Le Cléach sur l'XP 38 est, lui aussi, parti en retard et nous remonte facilement en longeant la côte à l'abri du courant contraire.






Nous larguons nos ris devant la balise Longue Pierre, le vent étant finalement établi à seulement 20 / 22 nœuds. Comme beaucoup, nous allons tirer des bords courts dans les cailloux de Jerbourg jusqu'à la pointe de la Moye.

Sur les hauts fonds de Icart bay, la mer est cassante. Au gré des virements, nous croisons le Delph 32 et son grand génois; la plupart des "bons" bateaux de notre flotte sont devant nous, certains assez loin.

Comme nous l'avions prévu, nous virons cap vers le sud, à hauteur de la Pleinmont tower. Dans la grande classe, seul le Cléach  a choisi de "monter" aussi haut dans l'ouest. En effet, le courant faiblit à l'approche de la renverse. Il n'est pas fréquent de régater avec un  coefficient de marée de 107 et il nous faut anticiper des vitesses de courant de 4 à 5 noeuds portant vers le sud-est dans un vent mollissant.

Comme c'était prévu par les prévisions météo, ( Arôme, Windguru, Windfinder) , deux heures plus tard, le vent faiblit à une quinzaine de nœuds et adonne. . Nous faisons maintenant une route directe vers Perros Guirrec alors que nous passons à 4 milles dans l'ouest du phare  des Roches Douvres. Revenu du diable vauvert dans l'est, l'X 43, Scillonia nous rattrape. Le XP 38 et le Rubin 41 sont devant nous à 1/2 mille. Derrière nous, le JPK 9.6 m envoie son code O. Il nous rattrape puis nous "dépose ". C'en est trop pour Jan qui décide d'envoyer notre petit spi. Nous le doublons à notre tour puis finalement, après avoir parcouru un mille trop près du vent, nous continuons au "reaching" sous génois et "barber".

Deux milles plus tard, nous envoyons notre grand spi et le navigateur s'intéresse de près à l'heure de la renverse des courants vers l'est. Nous avons une heure de marge. 

Encore faut il que le vent "tienne" jusqu'à l'arrivée. 


Déjà, nous savons que ce sera difficile pour tous ceux qui n'ont pas fait d'ouest au départ et pour les "petits".  L'ile Tomé se rapproche alors que le vent mollit de plus en plus, nous apercevons les premiers spi qui approchent de la ligne d'arrivée.

De fait, seulement une vingtaine de voiliers franchiront la ligne d'arrivée, certains dans la nuit...





PERROS GUIRREC / BAIE DE MORLAIX 
28 milles
Vent de secteur Est faible.
1ier en temps compensé.


LE POINT DE VUE DU NAVIGATEUR:

Le temps est orageux et le vent nul lors des premiers départs donnés sous la pluie. C'est la course de tous les dangers pour notre croiseur qui n'aime pas le vent de moins de 8 noeuds. D'autant plus que la totalité de la course se fera au portant.




Après un départ au près, sans pluie, avec seulement de 3 à 5 nœuds de vent, nous nous extirpons de la baie de Perros en direction de Mean Ruz où nous envoyons le spi...

Impuissants, nous apercevons les spis de nos adversaires les plus légers s'éloigner. Tant bien que mal, nous restons devant le JPK 9.6 m. Loin devant, le XP 38 et le J 111 ont choisi le large alors que le vent adonne de 20 à 30° en fraichissant.  A la bouée Stolvezen, nous accélérons franchement et apercevons les premiers encalminés après avoir passé le château du Taureau.



Nous les apercevons grossir à vue d'oeil alors que notre groupe de voiliers arrive à 7 noeuds au reaching.  Cela "rigole" pour nous.  Grâce à cette risée salvatrice, nous gagnerons de nouveau en temps compensé, ce qui était tout à fait inespéré dans ces conditions de vent.



Trois manches, trois victoires, plus le général, nous n'en espérions pas tant !






lundi 13 février 2017

LA BELLE ANGELE : son naufrage




Anthony, marin expérimenté, perdu en mer  

le 17 octobre 2017 sur "La Belle Angèle"
Ancien du "Bélem" et du "Renard".







 "La mer a emporté dans ses flots déchainés ce mardi dernier un très bon marin, un ami Malouin, le capitaine corsaire du Renard, beauté de ces eaux, un homme droit, généreux et heureux. Heureux de faire tourner ce vieux gréement, heureux de transmettre l'histoire et intarrissable de questions sur le fonctionnement de notre belle à nous, tellement il était admiratif à chaque fois qu'elle lui tournait autour avec tout d'sus! 

La mer continue d'emporter avec lui des morceau du bateau, fracassé sur les roches. Cela fait froid dans le dos. La Belle angèle était une bonne copine. Comme notre bisquine elle était entourée d'une association vivante et amoureuse de son bateau. Une asso meurtrie aujourd'hui d'avoir perdu sa raison d'être. On veut pas imaginer quel mal cela peut faire....
On veut juste partager aujourdhui, notre soutien, notre compassion, et nos pensées qui vont naturellement vers tous ceux qui aimaient Anthony et La Belle Angèle. Leurs familles, leurs amis, leurs camarades d'un jour ou de toujours... à tout ceux qui ont croisé leur route avec bonheur, COURAGE!"
Association Bisquine Cancalaise.







MON OPINION :
J'imagine que dans le chenal, à l'approche de la bouée du Libenter ou juste avant (haut fond de 2.8 m ) le patron, Anthony... 43 ans, a pris une sage décision de marin en faisant demi tour quand, dans la nuit,  il a pris conscience de la hauteur de la houle en sachant qu'elle augmenterait en se rapprochant de la Basse Portsall. 

Il a d'ailleurs demandé confirmation par VHF vers le Cross Corsen de la hauteur des vagues à quelques milles dans l'ouest  ( 5 à 7 m ).
Par expérience, je sais que la hauteur des vagues est surement du double en déferlant pour peu que l'on se rapproche des hauts fonds . 
Très proches de l'axe du chenal à hauteur de la bouée du Trépied, il existe des hauts-fonds à 2.7 m et 2.8 m sur lesquels il ne faisait pas bon passer .  Et il en existe d'autres...
La nuit, même avec un vent faible,  des vagues de 5 à 7 m déferlant de chaque coté du chenal ( étroit à hauteur du Libenter) cela doit être très impressionnant. Tout cela accentué avec le courant favorable ( surement 1.5 à 2 noeuds ) .
Malheureusement, erreur de navigation, panne de moteur, couché par une déferlante ?   On le saura un jour. 

 Mais cela ne rendra pas son père à son fils...





Rapport du BEA MER

Le mardi 17 octobre 2017, la pleine mer (coeff. 77) est à 04h 39 et le lever du jour à 08 h 40, au petit matin il fait encore nuit noire. Le Sitrep (source Météo-France) indique : vent de sud force 2 (vitesse comprise entre 6 et 8 nœuds), mer 4 (agitée, hauteur des vagues de 1,25 à 2,50 mètres), visibilité 8 milles, température de la mer et de l’air 15°C. Le skipper prépare le navire à 04h00 et les amarres sont larguées à 05h00.   

Le skipper est à la barre, le matelot et deux passagers sont sur le pont et aident à la manœuvre, le reste des passagers est dans le poste et prend son petit déjeuner. Immédiatement la grand-voile avec un ris et le foc sont hissés et le navire commence son chenalage au moteur vers la sortie de l’Aber Wrac’h. Le vent est insuffisant, seul le moteur assure la propulsion.

Le navire tangue en prenant une grande houle de face, le skipper contacte le CROSS Corsen sur VHF canal 16 pour avoir une estimation de la houle à la sortie de l’Aber Wrac’h. Les prévisions indiquant une houle de 5 à 7 mètres, le skipper décide alors de faire demi-tour.
Vers 05h40, la giration est entamée par la gauche. L’angle maximal de barre ne pouvant être obtenu avec les palans, le skipper se fait aider par le matelot et un passager pour pousser la barre en butée. 

Le demi-tour effectué, les personnes présentes sur le pont notent que le skipper semble incertain sur sa position et entendent la mer briser sur des rochers proches. Le passager situé à l’avant du navire aperçoit et signale des rochers droit devant. Un choc violent est ressenti, puis un deuxième et le navire s’échoue sur bâbord, cap au sud-est.
À 05 h 49, le skipper lance un MAYDAY sur VHF canal 16 puis demande aux passagers de capeler leurs brassières. Les passagers s’équipent dans la cabine tandis que le skipper se dirige vers l’avant pour larguer un radeau de survie. Le skipper demande au matelot qui se tient plus sur l’arrière de lui fournir un couteau ; quand celui-ci relève la tête pour se diriger vers l’avant avec un couteau, le skipper a disparu. Les passagers se regroupent sur le pont et attendent les secours.
DECISION D’APPAREILLER DE NUIT : 

 Ni le skipper, ni le matelot et les passagers n’ont d’impératifs de date pour ramener le navire à Pont-Aven. L’escale d’une journée à l’Aber Wrac’h, pour laisser passer la tempête Ophelia, est une sage décision. La météo a été soigneusement scrutée pour envisager un départ le 17 octobre tôt le matin. Cependant, la potentialité d’une houle résiduelle aussi importante à cet endroit après le passage de la tempête n’a pas été soupçonnée avant le départ. L’appareillage effectué tôt le matin par une nuit sans lune n’a pas permis d’observer l’état réel de la mer. Le skipper se fiant semble-t-il uniquement à la prévision de la veille.
1 LA PRISE EN COMPTE TARDIVE DE L’ETAT DE LA MER via une information donnée par le CROSS Corsen, alors qu’il est déjà dans le chenal, est le premier facteur contributif du premier accident.
2 DECISION DE FAIRE DEMI-TOUR TROP PRES DES ROCHES DES ÎLES DE LA CROIX :
Le skipper n’a pas l’habitude de fréquenter le port de l’Aber Wrac’h. La préparation du voyage en utilisant la documentation nautique n’a pas été effectuée. L’utilisation des alignements pour le chenalage aurait aidé le skipper dans sa navigation et le CHOIX D’UNE ZONE PLUS FAVORABLE AU DEMI-TOUR.
L’absence de préparation de la navigation dans un chenal dont il n’est pas familier, alors que l’obscurité et l’incertitude sur l’état de la mer rendent celle-ci plus délicate, est le second facteur contributif du premier accident. L’attribution des rôles n’a pas été effectuée. Le skipper ne s’est pas déchargé de tâches particulières ; il est resté à la barre pendant tout le chenalage. L’utilisation de la VHF pour prendre la météo auprès du CROSS Corsen a sans doute détourné son attention de la navigation pendant un court moment.
LES COMPETENCES PRESENTES A BORD N’ONT PAS ETE EXPLOITEES ; le skipper aurait pu confier la barre au matelot ou à un passager expérimenté pour se concentrer sur la navigation. Le traceur GPS est positionné dans le poste, sur la cloison murale de la table à carte. L’écran du GPS est de format 10x15 et est situé en contrebas du barreur à une distance d’environ 3 m. Dans ces conditions, un suivi suffisamment précis de la navigation n’est pas possible sans quitter la barre.
3 LA PRESENCE PERMANENTE DU SKIPPER A LA BARRE ET L’ABSENCE DE REPARTITION DES ROLES, alors que le navire est en eaux resserrées, est le troisième facteur contributif du premier accident. La combinaison de ces facteurs a conduit le skipper à une appréciation erronée de sa position et à effectuer un demi-tour trop près des roches des Îles de la Croix.
Après que LA BELLE ANGÈLE s’est échoué, le skipper a envoyé un MAYDAY, puis a demandé aux passagers de capeler leurs brassières. Le matelot s’occupe alors de larguer les radeaux arrière tandis que le skipper décide de se rendre sur l’avant pour y larguer le radeau de survie. Dans l’urgence, bien que les vagues déferlent sur le pont, il se dirige vers l’avant sans avoir capelé une brassière de sauvetage. 

L’absence de précautions prises par le skipper pour se rendre sur l’avant est un facteur contributif du deuxième accident.


Par ailleurs, la décision de METTRE LES RADEAUX EN ŒUVRE ALORS QUE LE NAVIRE EST ECHOUE et que la mer déferle violemment N’EST PAS PERTINENTE.


CONCLUSIONS du BEA mer


 Le lougre chasse-marée LA BELLE ANGÈLE a appareillé de l’Aber Wrac’h le 17 octobre tôt le matin par une nuit sans lune ne permettant pas d’observer l’état réel de la mer.

En l’absence de préparation de la navigation dans le chenal le skipper n’a pas pu anticiper le choix d’une zone appropriée pour effectuer un demi-tour dans de bonnes conditions.


 La non répartition des rôles et la présence permanente du skipper à la barre, combiné à une lecture difficile du GPS, a conduit à une appréciation erronée de la position.

Dans la précipitation, le skipper s’est rendu sur l’avant sans précautions particulières et a été emporté par une déferlante

Le navire est en perte totale et le skipper est décédé ; le matelot et les passagers ont été sauvés grâce à une intervention efficace des moyens de secours.





LE TEMOIGNAGE D'UN LOCAL

" Le bateau était en train de virer quand il a reçu une grosse vague déferlante, la barre franche a coincé le patron , la barre a cassé ( contre le pavois ? ) et le patron s'est retrouvé projeté à la mer.

 Le bateau désemparé, sans barre, s'est ensuite échoué sur les cailloux proches. 


S'ils avaient réussi ce demi tour, ils seraient au café du port à se dire on a bien fait de rentrer ça remue dehors." Témoignage de l'un de mes amis, pratique local


LE TELEGRAMME du 18 octobre 2017 :
" il semblerait, d'après le témoignage d'une des personnes secourues, que lors de la manœuvre effectuée pour faire demi-tour, la forte houle de 6 à 8 m a amené le bateau à talonner sur une roche. Alors que le skipper tenait fermement la barre, elle se serait cassée et l'aurait heurté, provoquant un déséquilibre complété par l'arrivée soudaine d'une masse d'eau qui l'aurait éjecté du pont."







"Gréée en trois mâts portant des voiles au tiers, La Belle Angèle est un Chasse-Marée construit en 1992. Elle est une réplique de l'Utile, lancé à Pont-Aven en 1877. La Belle Angèle est un navire de 14,50 m de long et 4,60 m de large. Elle demande un tirant d'eau de deux mètres et pèse 40 t pour 195 m² de voilure."WIKIPEDIA



LE TELEGRAMME
"La Belle Angèle, propriété de l'association du même nom, avait quitté Saint-Malo, ce dimanche, vers 2h, pour rejoindre Pont-Aven. L'équipage avait été salué une dernière fois par Bob Escoffier. 

Il a fait escale à l'Aber Wrac'h pour se protéger des fortes rafales de vent. Ce mardi matin, décision a été prise de poursuivre le trajet car le vent avait molli."





LES FAITS

mardi 17 Octobre : 
Pleine Mer 4h39 
hauteur d'eau : 7.15 m

Vers 5 h, la Belle Angèle quittait l'Aber Wrach en direction du  chenal du Four, ce qui est logique puisqu'ils étaient partis de St Malo dimanche dans la nuit  à 2 h et que le vent de sud-est était portant. 

Ce mardi 17 octobre  le vent étant faible, ils étaient surement au moteur pour profiter de la fenêtre météo favorable qui leur permettait de passer le Four et le Raz de Sein dans la journée.

Ils partaient tôt afin de bénéficier du courant favorable. Courant qui contre la houle devait accentuer la dangereusité des vagues.

LE TELEGRAMME :
"A 5 h 50, ce mardi, le Cross Corsen a intercepté un message de détresse concernant un navire en difficulté à l'Aber Wrac'h, dans le Nord-Finistère. Un navire qui a talonné, ce qui a apparemment occasionné d'importants dégâts.

Il a immédiatement engagé le canot tous temps SNSM de l'Aber Wrac'h et l'hélicoptère de la Sécurité civile Dragon 29.

A 6 h 30, le canot a confirmé l'échouement du vieux gréement La Belle Angèle sur l'île de La Croix. Mise à l'eau, l'annexe de ce canot s'est retournée lors de son intervention compte tenu des conditions de mer difficiles.

Deux membres de la SNSM sont tombés à l'eau et ont gagné l'île de La Croix par leurs propres moyens. Ils ont alors rejoint les six personnes -passagers et membres d'équipage du voilier- qui étaient en sécurité sur l'île.

 A 8 h, ces six personnes, en hypothermie, ont été évacuées par l'hélicoptère Dragon 29 vers le port de l'Aber Wrac'h et prises en charge par les pompiers pré-alertés par le Cross." 








LE SAUVETAGE :
Laurent Le Goff de la SNSM raconte l’opération de sauvetage.
« La Belle Angèle avait quitté le port de l’Aber Wrac’h vers 5 h du matin, ce mardi, pour regagner Concarneau. C’est pour cela qu’ils étaient partis à marée descendante. Quand ils sont arrivés au large de l’île de la Croix, ils ont demandé par VHF la météo au Cross Corsen. Là, l’opérateur leur a annoncé des vagues de six à huit mètres à l’extérieur.
Le commandant du vieux gréement décide alors de rentrer. Ils font demi-tour et c’est durant cette manœuvre, dans l’espace le plus étroit du chenal, qu’ils touchent.
 Les vagues poussent le navire au sommet des roches et il se retrouve immobilisé. Ils ne pouvaient plus rien faire. C’est à ce moment que le patron est jeté à la mer par une déferlante.
Nous, on nous appelle vers 6 h du matin. Nous embarquons sur notre canot tout temps, avec Louis Le Gall comme patron. Nous sommes sept bénévoles de la SNSM à bord, dont deux nageurs de surface. 
En arrivant à proximité des lieux, nous nous rendons compte qu’il faudra monter sur la Belle Angèle. On utilise notre canot pneumatique pour approcher du navire. C’est sportif ! Ce sont des vagues de deux à trois mètres qui nous reçoivent…
Une fois à bord du voilier, nous prenons en charge les six personnes embarquées. Mais elles nous disent qu’il y a un homme à la mer et qu’il s’agirait du patron du bateau. 
On donne le renseignement au Cross en indiquant qu’il faudra un second hélico : il va vraiment y avoir du boulot. Il y a six personnes à évacuer, donc quatre rotations pour les descendre à terre.
Dragon 29 doit faire trois rotations pour les victimes et une dernière pour nous, sauveteurs de la SNSM. Puis l’hélicoptère Caïman de la Marine nationale arrive pour rechercher le marin disparu. Son corps sera retrouvé plus tard au large de la Petite Fourche, au Nord de l’île Guenioc. »