lundi 13 février 2017

LA BELLE ANGELE : son naufrage




Anthony, marin expérimenté, perdu en mer  

le 17 octobre 2017 sur "La Belle Angèle"
Ancien du "Bélem" et du "Renard".







 "La mer a emporté dans ses flots déchainés ce mardi dernier un très bon marin, un ami Malouin, le capitaine corsaire du Renard, beauté de ces eaux, un homme droit, généreux et heureux. Heureux de faire tourner ce vieux gréement, heureux de transmettre l'histoire et intarrissable de questions sur le fonctionnement de notre belle à nous, tellement il était admiratif à chaque fois qu'elle lui tournait autour avec tout d'sus! 

La mer continue d'emporter avec lui des morceau du bateau, fracassé sur les roches. Cela fait froid dans le dos. La Belle angèle était une bonne copine. Comme notre bisquine elle était entourée d'une association vivante et amoureuse de son bateau. Une asso meurtrie aujourd'hui d'avoir perdu sa raison d'être. On veut pas imaginer quel mal cela peut faire....
On veut juste partager aujourdhui, notre soutien, notre compassion, et nos pensées qui vont naturellement vers tous ceux qui aimaient Anthony et La Belle Angèle. Leurs familles, leurs amis, leurs camarades d'un jour ou de toujours... à tout ceux qui ont croisé leur route avec bonheur, COURAGE!"
Association Bisquine Cancalaise.







MON OPINION :
J'imagine que dans le chenal, à l'approche de la bouée du Libenter ou juste avant (haut fond de 2.8 m ) le patron, Anthony... 43 ans, a pris une sage décision de marin en faisant demi tour quand, dans la nuit,  il a pris conscience de la hauteur de la houle en sachant qu'elle augmenterait en se rapprochant de la Basse Portsall. 

Il a d'ailleurs demandé confirmation par VHF vers le Cross Corsen de la hauteur des vagues à quelques milles dans l'ouest  ( 5 à 7 m ).
Par expérience, je sais que la hauteur des vagues est surement du double en déferlant pour peu que l'on se rapproche des hauts fonds . 
Très proches de l'axe du chenal à hauteur de la bouée du Trépied, il existe des hauts-fonds à 2.7 m et 2.8 m sur lesquels il ne faisait pas bon passer .  Et il en existe d'autres...
La nuit, même avec un vent faible,  des vagues de 5 à 7 m déferlant de chaque coté du chenal ( étroit à hauteur du Libenter) cela doit être très impressionnant. Tout cela accentué avec le courant favorable ( surement 1.5 à 2 noeuds ) .
Malheureusement, erreur de navigation, panne de moteur, couché par une déferlante ?   On le saura un jour. 

 Mais cela ne rendra pas son père à son fils...





Rapport du BEA MER

Le mardi 17 octobre 2017, la pleine mer (coeff. 77) est à 04h 39 et le lever du jour à 08 h 40, au petit matin il fait encore nuit noire. Le Sitrep (source Météo-France) indique : vent de sud force 2 (vitesse comprise entre 6 et 8 nœuds), mer 4 (agitée, hauteur des vagues de 1,25 à 2,50 mètres), visibilité 8 milles, température de la mer et de l’air 15°C. Le skipper prépare le navire à 04h00 et les amarres sont larguées à 05h00.   

Le skipper est à la barre, le matelot et deux passagers sont sur le pont et aident à la manœuvre, le reste des passagers est dans le poste et prend son petit déjeuner. Immédiatement la grand-voile avec un ris et le foc sont hissés et le navire commence son chenalage au moteur vers la sortie de l’Aber Wrac’h. Le vent est insuffisant, seul le moteur assure la propulsion.

Le navire tangue en prenant une grande houle de face, le skipper contacte le CROSS Corsen sur VHF canal 16 pour avoir une estimation de la houle à la sortie de l’Aber Wrac’h. Les prévisions indiquant une houle de 5 à 7 mètres, le skipper décide alors de faire demi-tour.
Vers 05h40, la giration est entamée par la gauche. L’angle maximal de barre ne pouvant être obtenu avec les palans, le skipper se fait aider par le matelot et un passager pour pousser la barre en butée. 

Le demi-tour effectué, les personnes présentes sur le pont notent que le skipper semble incertain sur sa position et entendent la mer briser sur des rochers proches. Le passager situé à l’avant du navire aperçoit et signale des rochers droit devant. Un choc violent est ressenti, puis un deuxième et le navire s’échoue sur bâbord, cap au sud-est.
À 05 h 49, le skipper lance un MAYDAY sur VHF canal 16 puis demande aux passagers de capeler leurs brassières. Les passagers s’équipent dans la cabine tandis que le skipper se dirige vers l’avant pour larguer un radeau de survie. Le skipper demande au matelot qui se tient plus sur l’arrière de lui fournir un couteau ; quand celui-ci relève la tête pour se diriger vers l’avant avec un couteau, le skipper a disparu. Les passagers se regroupent sur le pont et attendent les secours.
DECISION D’APPAREILLER DE NUIT : 

 Ni le skipper, ni le matelot et les passagers n’ont d’impératifs de date pour ramener le navire à Pont-Aven. L’escale d’une journée à l’Aber Wrac’h, pour laisser passer la tempête Ophelia, est une sage décision. La météo a été soigneusement scrutée pour envisager un départ le 17 octobre tôt le matin. Cependant, la potentialité d’une houle résiduelle aussi importante à cet endroit après le passage de la tempête n’a pas été soupçonnée avant le départ. L’appareillage effectué tôt le matin par une nuit sans lune n’a pas permis d’observer l’état réel de la mer. Le skipper se fiant semble-t-il uniquement à la prévision de la veille.
1 LA PRISE EN COMPTE TARDIVE DE L’ETAT DE LA MER via une information donnée par le CROSS Corsen, alors qu’il est déjà dans le chenal, est le premier facteur contributif du premier accident.
2 DECISION DE FAIRE DEMI-TOUR TROP PRES DES ROCHES DES ÎLES DE LA CROIX :
Le skipper n’a pas l’habitude de fréquenter le port de l’Aber Wrac’h. La préparation du voyage en utilisant la documentation nautique n’a pas été effectuée. L’utilisation des alignements pour le chenalage aurait aidé le skipper dans sa navigation et le CHOIX D’UNE ZONE PLUS FAVORABLE AU DEMI-TOUR.
L’absence de préparation de la navigation dans un chenal dont il n’est pas familier, alors que l’obscurité et l’incertitude sur l’état de la mer rendent celle-ci plus délicate, est le second facteur contributif du premier accident. L’attribution des rôles n’a pas été effectuée. Le skipper ne s’est pas déchargé de tâches particulières ; il est resté à la barre pendant tout le chenalage. L’utilisation de la VHF pour prendre la météo auprès du CROSS Corsen a sans doute détourné son attention de la navigation pendant un court moment.
LES COMPETENCES PRESENTES A BORD N’ONT PAS ETE EXPLOITEES ; le skipper aurait pu confier la barre au matelot ou à un passager expérimenté pour se concentrer sur la navigation. Le traceur GPS est positionné dans le poste, sur la cloison murale de la table à carte. L’écran du GPS est de format 10x15 et est situé en contrebas du barreur à une distance d’environ 3 m. Dans ces conditions, un suivi suffisamment précis de la navigation n’est pas possible sans quitter la barre.
3 LA PRESENCE PERMANENTE DU SKIPPER A LA BARRE ET L’ABSENCE DE REPARTITION DES ROLES, alors que le navire est en eaux resserrées, est le troisième facteur contributif du premier accident. La combinaison de ces facteurs a conduit le skipper à une appréciation erronée de sa position et à effectuer un demi-tour trop près des roches des Îles de la Croix.
Après que LA BELLE ANGÈLE s’est échoué, le skipper a envoyé un MAYDAY, puis a demandé aux passagers de capeler leurs brassières. Le matelot s’occupe alors de larguer les radeaux arrière tandis que le skipper décide de se rendre sur l’avant pour y larguer le radeau de survie. Dans l’urgence, bien que les vagues déferlent sur le pont, il se dirige vers l’avant sans avoir capelé une brassière de sauvetage. 

L’absence de précautions prises par le skipper pour se rendre sur l’avant est un facteur contributif du deuxième accident.


Par ailleurs, la décision de METTRE LES RADEAUX EN ŒUVRE ALORS QUE LE NAVIRE EST ECHOUE et que la mer déferle violemment N’EST PAS PERTINENTE.


CONCLUSIONS du BEA mer


 Le lougre chasse-marée LA BELLE ANGÈLE a appareillé de l’Aber Wrac’h le 17 octobre tôt le matin par une nuit sans lune ne permettant pas d’observer l’état réel de la mer.

En l’absence de préparation de la navigation dans le chenal le skipper n’a pas pu anticiper le choix d’une zone appropriée pour effectuer un demi-tour dans de bonnes conditions.


 La non répartition des rôles et la présence permanente du skipper à la barre, combiné à une lecture difficile du GPS, a conduit à une appréciation erronée de la position.

Dans la précipitation, le skipper s’est rendu sur l’avant sans précautions particulières et a été emporté par une déferlante

Le navire est en perte totale et le skipper est décédé ; le matelot et les passagers ont été sauvés grâce à une intervention efficace des moyens de secours.





LE TEMOIGNAGE D'UN LOCAL

" Le bateau était en train de virer quand il a reçu une grosse vague déferlante, la barre franche a coincé le patron , la barre a cassé ( contre le pavois ? ) et le patron s'est retrouvé projeté à la mer.

 Le bateau désemparé, sans barre, s'est ensuite échoué sur les cailloux proches. 


S'ils avaient réussi ce demi tour, ils seraient au café du port à se dire on a bien fait de rentrer ça remue dehors." Témoignage de l'un de mes amis, pratique local


LE TELEGRAMME du 18 octobre 2017 :
" il semblerait, d'après le témoignage d'une des personnes secourues, que lors de la manœuvre effectuée pour faire demi-tour, la forte houle de 6 à 8 m a amené le bateau à talonner sur une roche. Alors que le skipper tenait fermement la barre, elle se serait cassée et l'aurait heurté, provoquant un déséquilibre complété par l'arrivée soudaine d'une masse d'eau qui l'aurait éjecté du pont."







"Gréée en trois mâts portant des voiles au tiers, La Belle Angèle est un Chasse-Marée construit en 1992. Elle est une réplique de l'Utile, lancé à Pont-Aven en 1877. La Belle Angèle est un navire de 14,50 m de long et 4,60 m de large. Elle demande un tirant d'eau de deux mètres et pèse 40 t pour 195 m² de voilure."WIKIPEDIA



LE TELEGRAMME
"La Belle Angèle, propriété de l'association du même nom, avait quitté Saint-Malo, ce dimanche, vers 2h, pour rejoindre Pont-Aven. L'équipage avait été salué une dernière fois par Bob Escoffier. 

Il a fait escale à l'Aber Wrac'h pour se protéger des fortes rafales de vent. Ce mardi matin, décision a été prise de poursuivre le trajet car le vent avait molli."





LES FAITS

mardi 17 Octobre : 
Pleine Mer 4h39 
hauteur d'eau : 7.15 m

Vers 5 h, la Belle Angèle quittait l'Aber Wrach en direction du  chenal du Four, ce qui est logique puisqu'ils étaient partis de St Malo dimanche dans la nuit  à 2 h et que le vent de sud-est était portant. 

Ce mardi 17 octobre  le vent étant faible, ils étaient surement au moteur pour profiter de la fenêtre météo favorable qui leur permettait de passer le Four et le Raz de Sein dans la journée.

Ils partaient tôt afin de bénéficier du courant favorable. Courant qui contre la houle devait accentuer la dangereusité des vagues.

LE TELEGRAMME :
"A 5 h 50, ce mardi, le Cross Corsen a intercepté un message de détresse concernant un navire en difficulté à l'Aber Wrac'h, dans le Nord-Finistère. Un navire qui a talonné, ce qui a apparemment occasionné d'importants dégâts.

Il a immédiatement engagé le canot tous temps SNSM de l'Aber Wrac'h et l'hélicoptère de la Sécurité civile Dragon 29.

A 6 h 30, le canot a confirmé l'échouement du vieux gréement La Belle Angèle sur l'île de La Croix. Mise à l'eau, l'annexe de ce canot s'est retournée lors de son intervention compte tenu des conditions de mer difficiles.

Deux membres de la SNSM sont tombés à l'eau et ont gagné l'île de La Croix par leurs propres moyens. Ils ont alors rejoint les six personnes -passagers et membres d'équipage du voilier- qui étaient en sécurité sur l'île.

 A 8 h, ces six personnes, en hypothermie, ont été évacuées par l'hélicoptère Dragon 29 vers le port de l'Aber Wrac'h et prises en charge par les pompiers pré-alertés par le Cross." 








LE SAUVETAGE :
Laurent Le Goff de la SNSM raconte l’opération de sauvetage.
« La Belle Angèle avait quitté le port de l’Aber Wrac’h vers 5 h du matin, ce mardi, pour regagner Concarneau. C’est pour cela qu’ils étaient partis à marée descendante. Quand ils sont arrivés au large de l’île de la Croix, ils ont demandé par VHF la météo au Cross Corsen. Là, l’opérateur leur a annoncé des vagues de six à huit mètres à l’extérieur.
Le commandant du vieux gréement décide alors de rentrer. Ils font demi-tour et c’est durant cette manœuvre, dans l’espace le plus étroit du chenal, qu’ils touchent.
 Les vagues poussent le navire au sommet des roches et il se retrouve immobilisé. Ils ne pouvaient plus rien faire. C’est à ce moment que le patron est jeté à la mer par une déferlante.
Nous, on nous appelle vers 6 h du matin. Nous embarquons sur notre canot tout temps, avec Louis Le Gall comme patron. Nous sommes sept bénévoles de la SNSM à bord, dont deux nageurs de surface. 
En arrivant à proximité des lieux, nous nous rendons compte qu’il faudra monter sur la Belle Angèle. On utilise notre canot pneumatique pour approcher du navire. C’est sportif ! Ce sont des vagues de deux à trois mètres qui nous reçoivent…
Une fois à bord du voilier, nous prenons en charge les six personnes embarquées. Mais elles nous disent qu’il y a un homme à la mer et qu’il s’agirait du patron du bateau. 
On donne le renseignement au Cross en indiquant qu’il faudra un second hélico : il va vraiment y avoir du boulot. Il y a six personnes à évacuer, donc quatre rotations pour les descendre à terre.
Dragon 29 doit faire trois rotations pour les victimes et une dernière pour nous, sauveteurs de la SNSM. Puis l’hélicoptère Caïman de la Marine nationale arrive pour rechercher le marin disparu. Son corps sera retrouvé plus tard au large de la Petite Fourche, au Nord de l’île Guenioc. »



mardi 31 janvier 2017

la cape courante, cape seche, fuite, ancre flottante




Pour visionner les 160 autres articles,

 cliquer sur la flèche horizontale verte devant "2016" 

puis celle devant "octobre " par exemple.

ou devant "2017" et "janvier"


 CAPE COURANTE :

Sur un SWAN 38 dans le golfe de Gascogne avec une mer croisée et 40/45 nœuds de vent :
« Une fois descendu dans les profondeurs du  carré nous oublions facilement la mer démontée et les 40 à 43 nœuds qui soufflent à l’extérieur…

Les changements de quart sont, comme le reste, d’une extrême rigueur. Cela donne :   « mon jeune ami, dans 12 secondes cela va être votre tour… « 

Amarinés comme nous le sommes, c’est à peine si nous nous rendons compte que nous sommes sur un voilier qui subit un coup de vent. C’est la première fois que je prends la cape et en suis surpris. Des années après, c’est  le principal souvenir qui me restera. »

« Pour remettre en route, c’est simple, il suffit de choquer l’écoute au vent et de border celle sous le vent. Par contre le barreur est obligatoire et n’est pas à la fête… Nous faisons route au largue à 8 nds, travers au vent et aux vagues du vent ; immédiatement je me rends compte que c’est une conn...

A la barre, il est dur de maintenir le SWAN 38 sur son cap à cause de la houle résiduelle de trois quart arrière qui est contrariée par la mer du vent. A la barre, je prends fréquemment des  paquets de mer qui brisent sur la coque au vent.

Après une dizaine de minutes, les » chefs » décident que le vent à forcit et nous reprenons la cape bâbord amure vers le large. Nous reprenons notre routine. Lecture, apéritif, déjeuner, café, dormir, quart… »

La FUITE :

14    août 1979 : « OSSIAN », half-tonner Hustler 32 avant de sancir et d’être roulé lors du Fastnet. 
Patrice Ratzel raconte avant d’être roulé et démâté:  
« Très rapidement, nous ferlons la grand-voile et mettons en fuite seulement sous foc n°3.  Grand largue, nous partons sur chaque vague à des vitesses de 14 à 17 noeuds et, en conséquence, décidons de réduire encore la toile, bien que le bateau reste tout à fait contrôlable.

Vers une heure du matin, François M… et Gilles L sont de quart. Est-il besoin de préciser que barrer dans de telles conditions, dans la nuit, avec 50/55 nds de vent, des vagues invisibles dont nous saurons par la suite qu’elles atteignaient 10 à 12 m, n’est pas à la portée du premier venu.

Mais à peine une demi-heure après avoir envoyé le tourmentin, une vague particulièrement forte soulève notre tableau volumineux, l’étrave s’enfonce et le voilier devenu incontrôlable part au lof juste devant la crête de la déferlante.

Avant que le bateau ne se redresse, il s’est écoulé un temps qui nous parait d’une longueur infinie mais qui n’a pas du dépasser une minute. Nous sommes les uns sur les autres. Par toutes les rares ouvertures, par la descente entre ouverte, l’eau se précipite. »

« OSSIAN » démâté, se mettra ensuite en cape sèche.

La 



CAPE SECHE :
Toujours sur « OSSIAN », half-tonner Hustler 32 après avoir été roulé par une déferlante :
« Constatant que nous n’avions  pas de voie d’eau, j’ai décidé d’attendre que cela se passe, enfermés à l’intérieur. La barre est amarrée et le voilier démâté file vers le sud-est à 4/5 nds, bousculé régulièrement par des vagues de direction différentes.

 Nous avons passé le reste de la nuit en cape sèche, barre amarrée. Le bateau libéré de son gréement, se comportait sainement en bouchonnant. »



La FUITE : 
Sur « KARIBARIO », half-tonner Hustler 32 de Stephens Jones lors de la même nuit à quelques dizaines de milles de OSSIAN.

Son propriétaire, Jan Legallet raconte  « L’anémomètre reste fréquemment en butée plusieurs minutes à 50 nœuds. La mer se creuse et je guide Jean-René en lui indiquant ce qu’il doit faire pour négocier chaque vague car il est impossible à ce moment de regarder derrière et de barrer en même temps. Nous les prenons, si possible, de trois quart arrière bâbord amure.

Deux ou trois déferlantes remplissent le cockpit, finissant de nous tremper et de remplir nos bottes. La première, particulièrement forte, casse l’arceau en alu qui fait office de balcon arrière et sur lequel sont tendues les filières. Ces déferlantes nous emmènent dans des surfs un peu fous et angoissants dans la nuit.

A 4h45, alors que le lever du jour commence enfin à se lever, une vague plus abrupte et plus haute que les autres nous emmène dans un surf terrible à environ 15 nœuds. Nous la prenons bien en ligne, sans problème apparent ; mais lorsque nous arrivons dans le bas de la pente, nous enfournons dans le creux et nous voyons avec stupeur l’avant du bateau disparaître et l’eau venir jusqu’à nous. 

Nous avons sanci, mais le bateau, au lieu de faire la culbute complète, est retombé, a gité à 80° sur tribord et nous a expédié, Eliane et moi, à l’eau alors que Jean-René se tenait à plein bras à la bastaque.

Il est maintenant évident qu’il faut changer quelque chose à notre allure »

KARIBARIO prendra ensuite la fuite avec des trainards.





La FUITE avec des traînards:

14 août 1979 - Nicholson 30 « GRIMALKIN ». Selon Nick Ward (le survivant resté à bord) «Les yeux écarquillés, nous tentions de déchiffrer sur les lèvres de nos compagnons leurs avertissements pour mener Grimalkin à travers, au-dessus, dedans et quelquefois sous les murailles d’eau. En plus des embruns et des paquets de mer emportés par le vent, le sillage de Grimalkin créait sa propre vague, d’énormes jets d’eau qui jaillissaient sur les côtés, souvent plus haut que nous, lorsqu’il accélérait.

 Et, pour rendre encore un peu plus précaire notre situation, les traînards n’avaient pas eu l’effet escompté. Certes, ils nous ralentissaient, on pouvait apercevoir des embruns phosphorescents qui volaient lorsque la crête des vagues brisaient autour d’eux, mais les déferlantes qui suivaient continuaient à nous submerger. La tactique de fuite n’était donc pas adaptée à de tels ouragans, mais comment aurions-nous pu le savoir ?»

NDLR : Comme il précise : » on pouvait apercevoir des embruns phosphorescents qui volaient lorsque la crête des vagues brisaient autour d’eux, »  Il est probable que les traînards de ce Nicholson n’étaient pas lestés ce qui les rendaient évidemment inefficaces contrairement à l’exemple suivant lors de la même nuit.

Jan Legallet sur KARIBARIO - Hustler 32-
« JR et Luc  nous font passer l’ancre  Brittany 8 kg puis l’aussière et nous filons le tout de façon que l’ancre soit tirée également par les deux bouts.

Le bateau devient plus stable sur sa route et nous marchons à 5 nœuds de moyenne. Nous surfons encore, mais nous nous arrêtons avant le bas de la vague. Le bon comportement du bateau et la vitesse excessive lors des surfs nous poussent à augmenter les trainards.

Nous demandons alors la grosse ancre, une Brittany de 12 kg, et Olivier l’installe sur les deux aussières d’amarrage tournées sur les mêmes taquets.

Nous ralentissons à 3.7 nœuds de moyenne et prenons beaucoup mieux les vagues. Les déferlantes ne sont pas plus dangereuses qu’elles l’étaient, ce que je craignais au début. « 

Le jour s’est levé et je suis ahuri par l’énormité de la mer. Je ne pensais pas que cela pouvait exister à ce point là ! J’ai vraiment peur maintenant et je commence à me demander si nous allons nous en sortir entier. »

Quelques heures plus tard :
« Vers 10h30…le bateau démarre sur ce gigantesque coup de pied dans les fesses et accuse, en surfant, un énorme coup de gite à bâbord….J’entends Jean-René m’appeler, me disant : »viens vite, ta femme est au jus ! »… Eliane est retenue par son harnais et se cramponne aux trainards. A deux nous tirons Eliane le long du tableau inversé pendant que Olivier tente de remettre le bateau en ligne…

Jean-René a vu arriver cette énorme vague déferlante en disant à Olivier de se cramponner très fort. . Ce dernier n’a pas saisi toute la crainte de cet avertissement et a été projeté à l’eau mais  a pu remonter seul presque immédiatement sur une embardée qui a mis l’angle du tableau arrière au niveau de l’eau devant lui !....

L’ambiance de relative sécurité créée par le comportement du bateau avec ses trainards, les quelques heures sans casse, l’avion qui vient de disparaître et la peur est revenue, aggravée par la fatigue… Bien qu’épuisé, je ne peux dormir car le bateau roule beaucoup….Sur deux déferlantes, je me précipite dehors pour voir si tout le monde est là… »

Il est important de noter que l’équipage de KARIBARIO est convaincu que, en fuite sans leurs traînards, leur voilier aurait une nouvelle fois nouveau sanci ou chaviré.

J’ai aussi retenu que Mike Birch, dans des articles des années 1970 expliquait que dans la tempête, il utilisait des traînards sur son trimaran Olympia pour éviter de sancir. Il est à noter que M.Birch est l’un des rares skippers à ne pas avoir chaviré sur un trimaran sur plans de D.Newick ou W.Greene…

Peter Blake à aussi utilisé des traînards lors des dernières 24 h de son record autour du monde du Trophée Jules Verne sur son maxi-catamaran ENZA en arrivant à Ouessant en 1984. 


ANCRE FLOTTANTE :

Jamais je ne l’utiliserais.
D’après ce que j’ai lu depuis des années, il semble qu’un bateau de plaisance retenu par à coups par une ancre flottante puisse embarder et se retrouver en travers au moment ou arrive une déferlante.


Je connais aussi au moins le cas de deux Catana qui ont chaviré par l’arrière alors qu’ils étaient sur ancre flottante.

Des dizaines de cas réels sur :  dragdevicedb.com


4  COURS DE NAVIGATION DES GLENANS 1972  page 388


"La fuite retardée: mouiller une ancre flottante par l'arrière est probablement dangereux: le bateau est trop retenu. L'arrière ne soulage pas convenablement à la lame.

Il est préférable de traîner des grosses aussières, que l'on file soit en long, soit en boucle. Si on peut les lester, elles travaillent en profondeur et leur action est plus régulière.

Ce procéder a des avantages certains....
Pour éviter le vent arrière, les traînards peuvent être amarrés un peu sur le coté, etc. Encore une fois, il n'y a pas de règles absolues, il faut tatonner, juger du résultat...


L'amarrage des traînards les plus puissants doit être prolongé jusqu'à l'avant du bateau par un filin passant à l'extérieur des haubans et tourné sur la bitte. En effet, pour les récupérer le moment venu, il est nécessaire de pouvoir faire tête sur eux: les remonter par l'arrière est à peu près impossible tant que le vent demeure frais."



A LA CAPE DANS LE GOLFE DE GASCOGNE EN SWAN 38















« En octobre 1975, sur le Swan 38 DELNIC, premier voilier de L.Rousselin, jeune navigateur débutant de 65 ans, dont la bible était la prose du Cdt de Kerviler, au large de La Corogne,  nous avons subit un coup de vent de sud qui nous a obligé à mettre à la cape durant 60 heures ! Durant ces trois longues journées et nuits, les changements de quarts s’effectuaient à la seconde près.

Parti quelques jours auparavant de St Malo, notre estime nous situait à hauteur du Cap Ortegal, que nous pensions avoir aperçu sur notre bâbord dans l’après-midi alors que nous faisions route au moteur dans la pétôle. Le baromêtre baisse depuis le matin. Dans la soirée, le vent est revenu de sud et nous avons renvoyé le génois (les enrouleurs n’existaient pas) et avons repris notre route au près bâbord amure.

 Le capitaine et son second, un bistrotier de St Malo qui a plus navigué au Bar de l’Univers qu’au large, à juste titre fatigués par nos cinq nuits de navigation précédentes, décident de mettre à la cape vers minuit alors que le vent n’est que de 25 à 30 nds et que, sous toilé,  sous foc 1, notre Stephens marche à 6 nœuds confortablement, en douceur, dans la mer pas encore formée. Compte tenu des nuages que l’on avait dans la soirée, il est évident qu’une dépression arrive.

Avec le recul, sans doute aurions nous du dérouter au largue, vers La Corogne à environ 60 milles dans l’est, mais notre objectif était Madère. Gardons à l’esprit aussi, que notre dernière position connue était le phare d’Ar Men à 300 milles dans le nord.

Mes deux compagnons  se sont couchés et nous avons continué notre roulement de quart de 4 heures ; trop longs à mon goût. De ce temps, il n’existait pas de capotes et l’exigence du service faisait que nous devions impérativement être de quart dans le cockpit, il était mal vu descendre se faire une chauffer une soupe. Il est vrai que nous nous situions à proximité du rail des cargos.

Au cours de la nuit, le vent monte, la mer se forme. A l’aube, les « vieux » réveillent le jeune de l’équipage, moi en l’occurrence, pour changer de foc. Dur, dur de sortir d’une couchette confortable dans une cabine douillette et plutôt silencieuse. Le plus pénible est d’enfiler le pantalon de ciré Equinoxe.

Dès la sortie de la descente (7 ou 8 marches, c’est le gros défaut du SWAN à mes yeux)  on prend conscience des réalités. L’aiguille de l’anémomêtre oscille entre 38 et 40 noeuds. Ils ont malheureusement raison, il va falloir affaler ce « foutu » foc et renvoyer le tourmentin

Récupérer le foc rétif, le ferler, sortir le tourmentin par le capot avant, l’endrailler, rentrer le foc en vrac dans le poste, faire les nœuds de chaise des écoutes, se battre avec le tourmentin, mouliner sur la drisse du pied de mat alors que ces conn... de l’arrière crient je ne sais quoi et tardent à border… Du classique.

On en  profite pour changer d’amure, et sommes maintenant tribord amure vers l’est. « On » est content de retourner se coucher…

A midi pile, c’est l’heure de notre traditionnel apéritif avant que notre restaurateur malouin nous mitonne un plat. Je soupçonne d’ailleurs Louis Rousselin de l’avoir embarqué pour cette unique qualité…

Aujourd’hui, la qualité baisse mais nous déjeunons tout de même de pâtes au gruyère, dans un bol, mais à table, assis sous le vent. Nous gardons notre rythme, le bateau est impeccablement rangé, les cirés à leur place…

Nous avons chacun notre verre personnel numéroté et il est hors de question de laisser trainer un ciré ou un livre. Une fois descendu dans les profondeurs du  carré nous oublions facilement la mer démontée et les 40 à 43 nœuds qui soufflent à l’extérieur…

Les changements de quart sont, comme le reste, d’une extrême rigueur. Cela donne :   « mon jeune ami, dans 12 secondes cela va être votre tour… « 

Amarinés comme nous le sommes, c’est à peine si nous nous rendons compte que nous sommes sur un voilier dans un coup de vent. C’est la première fois que je prends la cape et en suis surpris. C’est d’ailleurs le principal souvenir qui m’en restera.

De temps à autre, nous montons quelques marches de la descente pour vérifier la réalité. On a toujours l’impression que cela mollit ! Curieusement l’homme de quart nous dément toujours, et nous contrarie plutôt. « Cela va ? « ça » a mollit, on dirait ? Bof, c’est plutôt 40/42 depuis une heure… »

Les heures s’égrènent. Un peu de lecture, un café, dormir, une soupe…

Ce qui est gênant c’est qu’au cours de la journée, la mer créée par le vent de sud s’est formée et contrarie la houle résiduelle d’ouest que nous avions.

La deuxième nuit s’écoule au rythme de nos quarts. Au matin, alors que je finis mon quart, le cuisinier émergeant sa tête dans la descente décide que cela a mollit. Pour ma part, je vois toujours l’aiguille de l’anémomêtre osciller entre 40 et 45 noeuds. Le vent est toujours de secteur sud.

 Il convainc le capitaine de remettre en route ver la Corogne dans l’est.

Pour remettre en route, c’est simple, il suffit de choquer l’écoute au vent et de border celle sous le vent. Par contre le barreur est obligatoire et n’est pas à la fête… Nous faisons route au largue à 8 noeuds, travers au vent et aux vagues du vent mais avec la houle sur la hanche. Immédiatement , le barreur que je suis se rend compte que c’est une conn… et eux aussi.

Mais il est difficile de l’avouer !  Aussi, nous faisons route. A la barre, il est dur de maintenir le SWAN 38 sur son cap à cause de la houle résiduelle de trois quart arrière qui est contrariée par la mer du vent. A la barre, je prends fréquemment des  paquets de mer qui brisent sur la coque au vent mais le plus gênant pour moi qui ne suit  pourtant pas très grand, c’est le pataras qui heurte ma tête à chaque mouvement de tangage ! Cela ne se voit pas au salon nautique !

Après une dizaine de minutes, les » chefs » décident que le vent à forcit et nous reprenons la cape bâbord amure vers le large. Nous reprenons notre routine. Lecture, apéritif, déjeuner, café, dormir, quart…auxquels s’ajoutent des discussions dont le sujet principal est l’évolution de la météo.

Une troisième nuit commence. La mer est dure, croisée. Dans la nuit lors de mon quart, je croise un cargo en route vers le nord. Je réveille le « capitaine » pour l’informer que nous sommes sur la route des cargos, que le vent à mollit à 35 noeuds et qu’il faudrait mieux revirer vers l’est. Il me remercie et se rendort…  préférant attendre l’heure de son changement de quart !

Quand je me réveille dans la matinée, le bateau ballotte, moins appuyé par le vent. Le vent est en train de mollir sérieusement et, toujours à la cape, nous roulons dans une mer croisée. Cette fois, mes « collègues » ont eu la délicatesse d’attendre que je me réveille pour que je renvoie de la toile. Nous passons directement au génois 3 et renvoyons la grand voile entière ; c’est dire si le vent à baissé.

Il a aussi tourné vers l’ouest. Aussi, nous prenons un cap vers le sud-est afin d’aller reconnaître les côtes de Galice qui doivent se situer à quelques dizaines de milles.

Très vite, le vent tombe et nous oblige à faire route au moteur dans une mer formée très désagréable.  Le soleil revient, il fait chaud, la côte apparaît dans  l’après midi et à 21 h, nous sommes attablés devant une paëlla dans un restaurant du Ria de Corcubion au sud du cap Finistere… »











QUELLES LECONS TIRER DE CETTE EXPERIENCE ?

En préambule,  nous étions en 1975, ne disposions ni d’enrouleur, ni de pilote, ni de capote, ni de canot de survie, ni de VHF et notre dernière position connue était le phare d’Armen, trois jours auparavant, à 300 milles plus au nord.

Par ailleurs, l’état d’esprit de l’époque était différent. Nous partions de St Malo et nous rendions aux Canaries avec une escale à Madère. Nous savions que rencontrer du gros temps était probable et que le bateau pouvait l’encaisser sans broncher. Nous savions aussi que nous devions compter que sur nous même.

J’AI RETENU DE CETTE EXPERIENCE :

1 Le calme, la préparation, le rangement, le respect des horaires et des habitudes, sont importants.

2 Si nous étions en 2010, nous aurions connu la météo et anticipé en conséquence.
 Le GPS nous aurait donné notre position et nous aurions sans doute choisi de nous dérouter vers La Corogne avant que la dépression n’arrive, y compris en rentrant de nuit dans ce port inconnu grâce au traceur. (Ce qui pouvait être une erreur. En mer, le danger, c’est la côte)

3 Le SWAN 38 était un voilier de luxe pour l’époque. D’un déplacement semi-lourd avec un comportement à la mer remarquable, jamais il n’a tapé. A l’intérieur, il y avait un silence relatif, des mains courantes bien positionnées, des couchettes parfaitement calées.

4 Certains d’entre vous me jugent surement extrêmes dans mes positions par rapport à des voiliers actuels. Il s’avère que j’ai vécu par la suite une expérience du même type sur un OCEANIS 44, dans les mêmes parages, avec peu de mer et des vents ne dépassant pas 27 nœuds. Et la différence est énorme.

 CE QUE JE N’AI PAS RETENU :
1 Les quarts de 4 heures.
2 Les changements de quarts à la seconde…
3 De ne pas lire quand l’on est de quart par beau temps.
4 Le vouvoiement des équipiers. 

Cela dit, 20 ans plus tard, à 85 ans et plus, Monsieur Rousselin était toujours présent sur son SWAN en régate à La Trinité.