mardi 31 janvier 2017

ERIC TABARLY

Il est habituel de railler le mutisme et la discrétion d'Eric Tabarly. Mon ami André Gentil, dans son livre "La mare aux gobies" relate, comme tant d'autres, sa première et seule conversation avec lui: "Il y a eu un long silence suivi d'une écoute polie, l'espoir d'un dialogue, de quelques paroles échangées sur sa victoire éclatante entre Le Cap et Rio... Impassible, Eric Tabarly écoute."








Pourtant, lors de l'une des rares fois où je l'ai côtoyé, j'ai vu de lui un tout autre visage.
Lors d'une escale à Jersey sur Pen Duick VI en compagnie de Pen Duick III que j'avais le privilège de skipper, en fin d'après-midi, les deux équipages se rendent à pied au Yacht-Club en contournant les deux bassins. En passant devant l'hôtel "La Pomme d'Or", Kufra's trading, les vieux hangars jaunes vifs de "Norman" puis les deux shipchandlers, cela représente un bon kilomètre.
Les 15 équipiers devisent par petits groupes, Eric marche en compagnie de son ancien équipier lors de la Whitbread de 1973, Arnaud, alors en charge du Club Croisière Pen Duick à St Malo.





En montant l'escalier qui mène au bar du Yacht-Club, comme je le fais à chaque fois depuis des années, sur le palier,  j'admire presque religieusement la photo de Westward. Quelqu'un s'arrête à coté de moi pour la même raison.  Il s'agit d'Eric Tabarly.



Connaissant son intérêt pour les voiliers classiques, j'ose entamer alors la conversation sur des considérations techniques, en particulier sur l'échouage quotidien de cette goélette de 41 m au fond du bassin d'échouage lors des hivernages dans les années 30. Surement aussi, nous regrettons qu'à la mort de son propriétaire jersiais, H.Davis, elle ait été coulée aux Casquets le 14 juillet 1947 afin de respecter ses dernières volontés.
Au bar, nous rejoignons le groupe déjà attablé devant quelques pintes de Guiness et continuons notre conversation. Je me souviens qu'il me parle de Moonbeam III, propriété de F.Amiot, quasiment à l'abandon depuis des années au long d'un quai du bassin à flot de Cherbourg.
Sûrement aussi, j'ai osé lui faire part de mon admiration quand,  alors que, âgé d'à peine 12 ans en 1964, je dévorais son livre, "Victoire en solitaire" puis, durant les années suivante, je lisais assidument les récits de course de Pen Duick II puis toutes les victoires de Pen Duick III en 1967 dans la revue "Bateaux": Channel race, Fastnet, Sydney Hobart ...
En tout cas, notre conversation est sans temps mort, agréable, aux antipodes de l'image que j'en avais. 

A juste titre, il voyait sûrement en moi un passionné qui avait quelques connaissances. Le fait que je patronne Pen Duick III sans moteur, à la voile seule, a sans doute aussi contribué à ce qu'il me voit comme un marin, pas comme un simple admirateur parisien.
Il m'apprend aussi que la dernière fois qu'il était en escale à St Hélier, c'était dans les années 60 avec Pen Duick II et ses équipiers granvillais : G.Petitpas, Lavat...


Puis, sur le retour, alors que les équipages allaient "faire un tour" in town center, pour acheter, qui des "Dunhill" ou des "Marlboro", qui du "Auchentochan" ou de l' "Aberlour" avant que "Voisin's", "Beghin's" ou "Mark's and Spencer "ne ferment; Eric, lui, est parti seul marcher jusqu'à l'extrémité de la grande jetée, en passant par la plage, et après avoir contourné le fort Elisabeth. Un lieu où personne ne se rend jamais.










96 h par FORCE 10 en COGNAC

A chacun son Cap Horn…     
      
L’ABER WRACH – CAMARET : 96 heures






Saint Malo -  Septembre 2006

Quelques temps auparavant, j’ai subi une opération importante qui m’empêchait de naviguer depuis de trop nombreuses années.

L’envie est donc forte de partir vers l’ouest, histoire de vérifier que les cailloux de Bretagne Nord n’ont pas « bougés » depuis 40 ans.

Je quitte donc St Malo en solitaire, le 13 septembre 2006 en direction de Camaret sur un Cognac, dans son « jus », prêté par l’un de mes amis.

Après des escales « classiques » à Bréhat, Lézardrieux, Perros-Guirec, Batz puis l’Aber-Wrach, je décide de rendre visite à un vieux copain qui habite près de l’Aber-Ildut. Une étape classique de croisière côtière dans le secteur de sinistre mémoire où s’est échoué l’Amoco Cadiz.

L’équipement de Rondine, mon Cognac, n°21 de la série, est celui de 1968 : voiles d’origine, lampe à pétrole et moteur hors bord. Seules modernités, je dispose d’un GPS portable et d’un pilote automatique.


C’est ainsi que le 20 septembre, vers 10h 30 je largue ma bouée dans l’aber par un vent faible de sud-est. Le plafond nuageux est bas, gris, comme souvent dans ces parages.



A l’approche du Libenter, le courant étant toujours contraire, je démarre même le hors-bord durant une heure ou deux. L’après-midi s’écoule paisiblement, en route vers la grande basse de Portsall. Le courant devient enfin favorable, la visibilité reste médiocre, le vent toujours faible de sud /sud-est. Cette direction m’oblige à tirer un bord vers le sud-ouest, bien aidé, toutefois, par le courant. En fin d’après-midi, je vire de bord vers le phare du Four, proche de l’entrée de l’Aber-Ildut.





Il est prés de 20 h quand je me présente aux abords de l’aber, la nuit est là. Verts, rouges, fixes ou scintillants, les bouées et les phares du chenal du Four ne manquent pas. Les feux de la côte des « naufrageurs » sont nombreux. Trop nombreux à mon goût. Au milieu de toutes ces lumières, je n’arrive pas à trouver le feu à secteur directionnel de l’entrée de l’aber.  Le GPS m’indique bien ma position, mais reporter la position à la lampe de poche n’est pas simple et les cailloux sont proches.

Il me semble plus raisonnable d’attendre le jour pour rentrer dans la rivière. Je décide donc de capeyer dans l’ouest de l’aber. Grand-voile ferlée, sous foc seul, le courant poussant vers le sud, le pilote n’a pas de difficulté à maintenir Rondine sur un cap au sud-ouest en direction du plateau de la Helle. Toutes les deux heures, j’empanne pour rester dans cette zone. Vers minuit, le vent fraîchit sérieusement, force 5 probablement. Le clapot rend  la situation inconfortable. Rappelons que le Cognac ne fait que 7.30 m. Dans la nuit, la situation devient sérieuse. J’ai du mal à estimer correctement la force du vent. Je ne sais que trop bien que, la nuit tout parait surdimensionné, mais, une certitude, cela souffle fort

A l’aube, j’aperçois une tourelle. J’ai des difficultés à l’identifier du fait que je ne trouve plus mes lunettes. Et puis, autant l’avouer, je suis un peu somnolent.

Cela m’apparaît évident, le vent est établi à 35/40 nœuds de sud-est. Je n’ai aucune visibilité et me demande si je ne me situe pas plus au nord, dans l’est d’Ouessant. Malgré mes recherches, il m’est impossible de mettre la main sur mes lunettes, sans lesquelles je ne peux lire depuis une dizaine d’années. En fuite, afin d’économiser la batterie du pilote, je barre entre 90° et 110° du vent, à 5/6nds. Cela m’amuse de penser que, si cela dure un peu, je serais en Irlande dans 2 jours! La mer reste maniable. Le fetch n’est que de 2 m à 2.5m. Ce qui m’inquiète, c’est que le vent semble continuer à fraîchir.

Mais, en début d’après midi, à la renverse, vent contre-courant, la mer devient mauvaise, hachée et déferlante. Par deux fois, des vagues vicieuses remplissent partiellement le cockpit. C’est totalement inhabituel. Je me vois mal continuer à barrer dans ces conditions.

Pourtant correctement amarrée, la bouée fer à cheval s’envole. C’est le déclic : « Basta, cela commence à bien faire ». Je me décide à affaler le foc 1. 

Puis, je passe à la seconde punition: envoyer le tourmentin. Tant bien que mal, je vais chercher "en bas"cette voile confectionnée à la Voilerie Richard de St Servan, il y a une bonne trentaine d'années. Je traine son sac sur le pont tant bien que mal puis, un à un, je frappe les mousquetons en me cramponnant.


Autant l’avouer, il y a bien longtemps que je ne m’étais livré à de telles acrobaties sur un aussi petit bateau. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps je passais de longues journées sur un lit d’hôpital ! Je ne connaissais pas mon bonheur!


La voile souquée, bien étarquées, l'écoute au vent bordée, avec la barre sous le vent, Rondine réagit bien, presque confortablement.

J’estime me situer dans le nord-ouest d’Ouessant, et empanne. Rondine obtempère sans aucune difficulté. Vers 16 h, le bas-hauban bâbord, sous le vent,  flotte dangereusement. Je suis obligé d’aller le reprendre avant qu’il ne se dévisse totalement. Un vrai plaisir !  Heureusement, j’ai de l’eau à courir avant d’atteindre les côtes anglaises, dans mon nord. La chaise du moteur hors-bord donne des signes de fatigue, mais je me vois mal rentrer ce moteur. Je le saisi solidement.

Le foc ferlé serré, la barre amarrée légèrement sous le vent, le bateau tient une route correcte vers le nord-est en cape courante entre 90 et 120° du vent. C’est presque confortable, j’en suis surpris. A une vitesse de 3 à 4 noeuds, Rondine embarde en gardant une gîte de 30 à 60°, somme toute, acceptable. 

Avec régularité, après un choc de la vague sur son flanc tribord, plus ou moins violent, il glisse sur son bouchain sur la crête en gîtant et abattant légèrement avant de subir la vague suivante. Après quelques minutes d’inquiétude, je me suis habitué à ses mouvements. Il faut préciser que ce bateau possède un aileron important devant le safran. 

Les embruns volent à l’horizontal, les haubans sifflent. Je commence à penser que le vent est plus prés de 50 noeuds que de 40, peut-être même plus. Ce qui me soucie, c’est que le suet peut durer plusieurs jours.

Je me félicite de ne pas être équipé de l’enrouleur qui équipe la majorité des croiseurs modernes car j’imagine le fardage et les coups de gîte qu’il entraînerait!

Dans la soirée, je suis manifestement sur le rail montant,  dans le nord d’Ouessant car, dans l’après midi, une dizaine de cargos, porte-containers et autres chimiquiers me croisent, le nez dans la plume. Plusieurs mastodontes aussi, chargés de containers. Dans la boucaille, la visibilité reste faible et j’ai conscience d’avoir eu une certaine chance mais aucun ne me frôle. Je m’astreins à une veille régulière, à l’abri de la capote bienvenue, mais il m’est impossible de regarder au vent tant les embruns me mitraillent !

La mer a grossi. Les vagues font sans doute 3 m, difficile de le dire. En tout cas, leurs crêtes volent à l’horizontale. De temps à autre, un choc violent frappe le bordé au vent. Les vibrations des haubans, le hurlement du vent sont insupportables. Je ne veux pas imaginer que le vent dépasse sûrement 50 noeuds, pourtant les crêtes des vagues sont arrachées, les embruns volent en permanence à l’horizontal. Dans les surventes, le sifflement est incroyable, lancinant.

Habitué aux embardées de mon brave Rondine, j’alterne les périodes de demi-sommeil et de veille, histoire de me donner bonne conscience. Mais je n’aperçois plus aucune lumière lors de mes tours d’horizon nocturne…

Au petit matin, je retrouve par hasard mes lunettes dans les fonds. Je peux de nouveau lire mon GPS qui m’indique : 49°25 N 4°29 W. Parti pour du cabotage côtier, je ne dispose plus de cartes pour reporter ma position. Par rapprochement des points indiqués sur  l’Almanach du Marin Breton, je me situe à la hauteur de Guernesey et de la pointe de Pontusval. 

Avant d’atteindre les côtes anglaises du côté de Start Point à 55 milles, j’empanne et mon Cognac obtempère docilement. Mon nouveau cap me dirige vers l’Amérique… Depuis la fin de nuit, je ne vois plus de feux. Tout en restant fort, le vent a faiblit. Il n’y a plus ces surventes qui couchent le bateau pendant de longues minutes.

Je commence à restreindre ma consommation d’eau car il ne me reste en tout et pour tout qu’une bouteille de 1.5 l. De temps à autre, j’éponge quelques litres d’eau dans les fonds, provenant d’embruns et de pluie projetés régulièrement par le haut du panneau de descente. Mais dans l’ensemble, mes habitudes de vieux célibataire font que tout à bord est en ordre, correctement saisi.

Evidemment, je reste en permanence habillé en ciré complet et mon âge certain  se contente de peu de sommeil… Coté nourriture, j’arrive à me cuisiner des oeufs sur le plat. La journée est rythmée par les cafés et les soupes dont je ne manque pas.  L’avantage d’un petit bateau est que tout reste à portée de mains…

Les heures s’écoulent régulièrement, bien calé sur la couchette sous le vent et, entre un café et une soupe, une certaine routine s’installe. La lecture des maximes d’un vieil Almanach abandonné dans un équipet me rappelle qu’ « il vaut mieux avoir un troisième enfant qu’un congélateur neuf… ». De temps à autre, je pousse une gueulante, cela soulage.

Dans la soirée, j’aperçois trois trombes à l’horizon simultanément, ce que les journalistes appellent improprement mini-tornades! Je n’en avais jamais vu !

Une nouvelle nuit s’écoule, j’ai pris mes marques mais le sifflement du vent dans les haubans est toujours aussi insoutenable. Il me semble que le vent tourne légèrement vers l’est. Je m’assoupis quelques heures, et au réveil, surprise ! A l’aube du 23, tout est calme, c’est terminé. 

Tout cela est relatif, mais le vent a sérieusement mollit, il n’y a sans doute plus que 25 à 30 nœuds d’est. Que du bonheur ! Le GPS m’indique la position : 48°56 N 7°58 W.  Je constaterais après coup que je me situais à  110 milles  dans le nord-ouest d’Ouessant, à 75 milles des Scilly et 135 milles de Camaret.

Dans l’après midi, bien que la mer soit encore formée, le vent ayant progressivement tourné vers le nord et faiblit, je reprend ma route vers l’est en renvoyant la grand-voile avec un ris et le foc 1. Rondine, sous-toilé, plante des pieux, mais cela permet au bonhomme de récupérer. Grâce aux quelques ampères économisées, le pilote fonctionne honorablement durant toute la nuit. Progressivement, la mer se calme. Ce bord vers l’est me parait interminable.

En fin de nuit, je croise de nouveau les cargos. C’est bon signe. Dans la matinée, le vent mollit à force 2 à 3 de nord! Le GPS me situe à 48°35 N 5°07 W soit 7 milles dans le nord-ouest d’Ouessant. L’horizon est toujours bouché.







Dans le courant de la matinée, la visibilité se dégage, j’aperçois Ouessant dans l’est puis, deux heures plus tard, la pointe St Mathieu. La journée du 24 s’écoule paisiblement en mer d’Iroise dans un vent faible de secteur nord et une mer résiduelle. Durant l’après-midi, je longe les Tas de Pois sous le soleil avant d’arrondir la jetée de Camaret  à 18 h, en tee-shirt.  

Rondine a effectué les 35 milles de l’Aber Wrach à Camaret en 96 heures mais aussi plus de 350 milles sur le fond !




Je m’empresse de téléphoner à mon PC à St Malo. Mon ami Patrice est soulagé, c’est un euphémisme, de m’entendre. Marin expérimenté, n’ayant pas de nouvelles de ma part depuis 4 jours,  mes copains et lui étaient à deux doigts de déclencher les secours. Heureusement, le vent à St Malo était beaucoup plus faible et ils n’ont pas imaginés les conditions réelles que je subissais.

En consultant ultérieurement les relevés météo, j’ai découvert que METEO CONSULT prévoyait sur Manche Ouest : Vent force 8 à 10 de sud-est- 50 à 55 nds - 70 nds sous grains 
Et que la bouée des Scilly à quelques dizaines de milles a enregistré le 21 septembre à 17 h : un « vent moyen de 48 noeuds  et des pointes à 70 nds. »

Si c’était à refaire :
-      J’aurais étudié de prés le passage à terre plus court entre l’Aber-Wrach et l’Aber-Ildut.
-      J’aurais écouté plus attentivement la météo.
-      J’apprendrais à mieux utiliser le GPS portable.
-      Et surtout :
-      J’emporterais une carte « routière ».
-      J’emmènerais une deuxième paire de lunettes


Philippe MOUTON dit localement « Vito Dumas »


FORCE 10 dans les Channel Islands


Bulletin météo pour la journée du 3 novembre 1991: JERSEY: SW backing WSW 8 with gusts to 60 knots. Sea: Rough -West later METEO FRANCE: Vent WSW force 8 – violentes rafales à 55 noeuds. Tendance ultérieure: NW lundi- Mer Forte

METEO : Durant cette journée, les  sémaphores ont enregistrés les pointes de vent suivantes : Jersey : 60 noeuds Carteret : 57 noeuds Granville: 67 noeuds

A 10 heures, 64 noeuds ont été enregistrés à Jersey. Environ 30 voiliers Français étaient présents à la marina . Après de nombreux palabres, la plupart ont décidés de prendre le ferry pour St Malo. Seuls, quatre voiliers de Granville, ont pris la décision de partir vers 14 h, à la renverse.

J'ai hésité un moment, ayant des doutes sur la capacité de résistance des voiles usagées de Caugek ( Sun Légende 41 de location ) et, aussi, du fait que le decca nous donnait des points fantaisistes. La renverse du courant étant à midi, nous avons été les premiers à appareiller vers 13 h 30.

Après avoir pris trois ris à l'abri du port, nous sommes sortis alors qu'un grain approchait. Nous l'avons subi à hauteur de Dog Ness et, sous trois ris et moteur, nous avions bien du mal à progresser à 2 noeuds.

La visibilité était de l'ordre de 50 m, le vent en pointe est monté à 52 nœuds réels pour se stabiliser autour de 45. Après avoir paré les proches dangers, le vent étant tombé à 40 noeuds, nous avons déroulé quelques m2 de génois et abattu au cap 150/160 vers la NE Minquiers à environ 80 ° du vent. La mer était forte, avec des creux de 3 rn, parfois plus. Le vent moyen s'est stabilisé à 35/40 noeuds avec deux grains à 48 noeuds.

A 16 h 00, nous sommes tombés sur la SE Minquiers alors que le vent n'était plus que de 30 noeuds. Nous avons mis le cap au près vers St Malo mais il est vite apparu qu'à cause de la mer très hachée et de la déformation du génois, nous ne pouvions espérer remonter à plus de 60° du vent dès que le vent dépassait 35 noeuds.

Lors de l'embellie, après un grain, nous nous sommes retrouvés à 1/4 de mille dans l'ouest des Ardentes. Il devenait évident que nous ne pouvions atteindre St Malo. J'ai donc mis le cap sur la Grande Entrée de Chausey puis, devant l'imminence d'un nouveau grain, j'ai préféré contourner l'archipel par le Nord. Ce qui fût judicieux !

Escortés par un banc de dauphins, après avoir eu quelques difficultés à hisser le génois dont la drisse fut malencontreusement choquée. Nous avons ensuite fait route jusqu'à Granville, par petit temps…  Enfin presque, il n’y avait plus que 25/30 nœuds.

Amarrés au port de Hérel à 18 h. Grune sec 6, Dame de Lecq , India Song et le ketch de Pierre Bachelet nous ont succédés dans l'heure qui suivait.

Pour ma part, depuis 1968, date de ma première traversée vers Jersey, j’ai dû en effectuer plus de 150. C'est le retour le plus risqué dont je me souvienne. 

En dehors des courses, Je n'ai rencontré que trois fois des temps plus durs. 


En 1975, au large de Capetown ainsi que dans le golfe de Gascogne. J'avais déjà vécu une expérience similaire dans les Anglos entre Guernesey et St Malo en novembre 1988 mais c'était sur Pen Duick VI.


L'EQUIPAGE: 

En dehors de Sylvie et Denis qui avaient effectué quelques rares navigations avec moi, les 5 autres étaient de parfaits néophytes, parisiens branchés. Ils se sont remarquablement comportés, trempés dans la bonne humeur. Certains méritent toutefois des mentions particulières.

 Denis, il est vrai solidement encouragé par le soutien discret mais néanmoins actif de son épouse, a manifesté de belles dispositions au poste de navigateur ainsi que de réelles qualités de pugnacité lors d'un féroce combat avec un génois récalcitrant.

Cécile et Sylvie, admirables dans l'inconscience de leur première navigation, pour avoir fait une confiance aveugle au skipper qui a apprécié leur bonne volonté, leur stoïcité et leur bonne humeur dans l'humidité ambiante .

Patrick et Gilles, deux équipiers dont l'expérience inégale a été compensée par une grande placidité, gage de la certitude d'obtenir un renfort efficace en cas de situation extrême.


Enfin Sylvie, qui, malgré une expérience nautique unanimement reconnue, a connu une légère baisse de son tonus habituel. Lors du retour; a effectué une action de communication tout à fait remarquable. Peut-être mériterait elle aussi une mention spéciale pour ses qualités de « barreuse » sur les routes étroites de Jersey ?

MES FORTUNES DE MER


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AVARIE DE GOUVERNAIL: 

Ghibli " Néarque "



En 1971, jeune chef de bord du CRNGranville, peu expérimenté, il m'est arrivé de "ramener" un Ghibli avec 4 stagiaires de Jersey à Granville.



La crapaudine ayant lâché, le safran était bloqué presque dans l'axe. Avec l'aviron et en jouant avec l'assiette latérale, nous avons effectué les 29 milles sans difficulté.


Bien entendu, c'était du grand beau temps.


AVARIE DE GOUVERNAIL: 

 MANZANITA 






Il s'agissait d'une régate d'entrainement parmi des centaines d'autres dans la baie de St Malo. Nous louvoyions par un vent modéré en montant vers la bouée d'Atterrage lorsque le bateau vire involontairement et que le barreur se retrouve avec la barre dans la main. La ferrure de barre en fonte d'alu vient de casser.

Le temps de trouver la boite à outil et d'en sortir la pince multiprise et nous abattons grand largue en direction du Grand Jardin puis du Buron...

A noter, que ce même Manzanita subira de nouveau la même avarie mais, cette fois, avec de la brise et de la mer en arrivant à Guernesey au portant.


PERTE DE SAFRAN : 
FRIOUL 38   

 Ackel (38 pieds )

Dans les années 80, lors d'une régate d'entrainement d'hiver de la baie de St Malo, nous courions sur Ackel, le proto en bois moulé des Frioul 38.

Le vent de sud ouest est assez frais, et nous envoyons le spi grand largue, bâbord amure, après la Roche aux Anglais en route vers la St Servantine.

Ce voilier a la particularité d'avoir été conçu par son architecte, Gilles Vaton, sans safran. Il a d'ailleurs couru lui même la fameuse transat de 1976 avec son seul trimmer. 

Une pelle de safran extérieure lui avait été rajouté pour le convoyage retour de Newport vers l'Europe.

Le vent était frais mais n'avait rien d'exceptionnel pour un 38 pieds marin.  Toujours est il qu'entre la Plate et Servantine, le bateau est parti au lof, sans que le barreur ne puisse le retenir. Et pour cause, la barre est douce, la pelle de safran a cassé net.

Nous rentrons au louvoyage entre les cailloux avec le seul trimmer. Il suffit de quelques minutes pour s'y habituer.

PERTE DE SAFRAN : 

EDEL CAT 35




C'était un beau week-end du mois de mai 1988. Avec quelques copains, j'avais loué un catamaran quasiment neuf, un Edel Cat 35 de l'année précédente.

Le vent de nord-ouest modéré nous imposait de tirer des bords pour se rendre à Jersey.

Alors que nous tirions un bord à 7/8 noeuds vers le nord-est au sud des Minquiers, j'ai trouvé que la barre était différente... bizarre.  Après une rapide inspection, nous constatons que le safran tribord n'est plus visible.

Nous continuons notre route au prés sans aucune difficulté.

Ce qui sera plus compliqué, ce seront les manoeuvres de port qui s'avèreront délicates du fait que l'Edel ne disposait que d'un moteur hors bord.


 DEMATAGE : 

 One tonner TAPACENBAL


Une fois la bastaque choquée, la drisse de spi larguée, tant bien que mal les équipiers avant, Loïc et Alain, récupèrent le spi et Tapacenbal se redresse. En même temps, François et Bébert affalent la grand voile dont plusieurs laizes se décousent et renvoyons un foc 2. C’est alors que nous nous apercevons que le pont en contreplaqué est arraché sur 50 cm2 à bâbord et 30 cm2 à tribord au niveau des poulies de barber-haulers ! Au niveau de la bastaque bâbord, le pont est aussi arraché.

Nous continuons notre route plein vent arrière, sous foc seul, juste devant la flotte encore en course sous génois ou foc tangonné et, surprise, avec notre petite voile d’avant, équipage décontracté, notre carène planante va aussi vite qu’eux !

Toujours vent arrière vers les Forts, nous croisons la flotte des classe 1 de retour au louvoyage. Condor, Gauloises 3, sous 3 ris et foc nous croisent. Bien calé dans le balcon arrière, avec mon appareil photo, malgré la visibilité réduite et la pluie,  je mitraille les voiliers qui passent à proximité. Curieusement, nous sommes toujours en tête de notre classe !


Un admiraler, Casse tête V (photo de gauche ) passe juste devant nous bâbord amure et vire immédiatement. Je le photographie.

Alors que son équipage reborde son foc, il prend sa gite et, dans une rafale, sa tête de mat se glisse entre notre pataras et notre mat ! Je prends la photo alors que nous nous couchons et que notre mat se plie à hauteur de la première barre de flèche. Il ne nous reste plus qu’à continuer notre route vers Gosport, sous le vent à quelques milles.







 DEMATAGE 

RUSH  "Le Généraliste"




Un Rush qui avait couru la course du Figaro avait été prêté à un copain, Yvon, en échange d'une remise en état. 

Avant de régater, nous vérifions le gréement et le mettons à l'eau. A peine mâté, nous faisons une première sortie d'entrainement en fin d'après-midi par mer plate et force 2.   

A peine avions nous abattu après la bouée du Crapaud des Beys que le mat se plie doucement.

Nous avions probalement serré insuffisamment la vis de blocage du hauban.



 DEMATAGE 

MALLARD 9 m




La régate des Zèbres est une régate populaire de  St Malo depuis les années 85. Tout ce qui navigue dans la région l'a courue une année ou l'autre, les meilleurs skippers de la région aussi.

Le départ de cette régate a lieu devant Plouër sur la Rance. Cette année là, comme souvent parfois, le vent de nord-ouest était fort, force 7 en mer.

Mais jusqu'au Pont St Hubert, bien abrité par la rive ouest encaissée, les voiliers étaient plus ou moins encalminés.

On savait aussi qu'entre les ponts, on subirait des claques venant d'on ne sait où avant de retrouver le vent synoptique.  La minorité de régatiers qui couraient pour gagner avaient toilés leur voilier de manière à louvoyer dans le paquet de tête sous les ponts. Sur notre Mallard 9 m, nous étions de ceux là, en sachant parfaitement qu'il nous faudrait réduire un mille plus loin dans la plaine de Garo.

Comme nous l'espérions, une dizaine de régatiers, se sont immédiatement détachés alors que le gros de la flotte louvoyait difficilement derrière nous dans la rivière étroite.

Très bien placés et surtoilés, comme prévu, nous prenons le vent de nord-ouest établi à la sortie, lorsque la Rance s'élargit.

Alors que totalement couchés, nous prenons deux ris, le bateau se redresse. Le calme revient, nos concurrents nous rattrapent, cap vers l'extrémité du mont Garo... Le mat est cassé à la hauteur des barres de flèche.

Rentrer à Plouër au moteur, de surcroit vent arrière, est un jeu d'enfant...

ENFOURNEMENT :

FIRST 35 Berret


An image from the Beken Archive


SANCIR SUR UN FIRST 35




Dans les années 80, j'ai accompagné un copain, Didier, professionnel qui effectuait chaque semaine des stages d'école de croisière sur son First 35 entre St Malo et l'Angleterre.

Par une bonne brise d'ouest, après avoir quitté le Trieux, nous envoyons le spi au portant.

Cela déboule gentiment par un vent force 4 peut être 5 en s'éloignant du Ferlas.

Nous passons plein vent arrière, sur la panne et je m'amuse à la barre.  Du fait du courant, on aperçoit bien les limites des hauts fonds  du banc de la Cormorandière  .

L'équipage est dans le cockpit, le bateau déboule facilement , sans doute à 8/9 noeuds, peut être plus dans les surfs. Je contrôle facilement un petit roulis rythmique, il est plaisant de barrer.  Sur le banc de sable, le clapot devient plus court.

Soudain, à la fin d'un surf, la ferrure d'étrave affleure l'eau d'une manière inhabituelle, un peu comme le One tonner "Police car" dans le Solent en 1979. J'en suis surpris.


Sur la vague suivante, de nouveau, nous partons en surf, mais cette fois la ferrure d'étrave est submergée. Et cela continue. 

L'étrave plonge et l'eau recouvre le capot alors que le bateau se freine, puis se bloque. Dans le cockpit les 5 équipiers glissent sur les bancs calés par la cloison du roof.

A la barre, je ne sens plus rien alors que le bateau se couche violemment du bon coté, sur bâbord. Heureusement! Finalement, cela ne correspond qu'à un sévère départ au lof. Complètement arrétés, le spi bat violemment, nous choquons un peu d'écoute de spi, beaucoup plus de tangon et reprenons de la vitesse, ce qui me permet d'abattre et de reprendre le cap vers St Malo.

Nous estimons avoir piqué du nez à 45 / 60 ° vers l'avant; certains équipiers prétendent avoir vu l'eau venir jusqu'au mat.

Finalement, cela restera comme une péripétie, sûrement causée par la forme particulière des vagues courtes sur le haut fond, amplifié par la carène volumineuse à l'arrière du First 35 dessiné par Berret.






Police Car dans le Solent - 1979






AVARIES DE STRUCTURE : 

Speed 9.44.


PERTE DE L'HELICE: 

Ovni 40  





MES  5 TALONNAGES: 



Certains de mes amis ont beau dire que je tutoie tous les cailloux par leur petit nom, il m’est arrivé par quatre fois de talonner l’un d’entre eux. Certains d’entre vous trouveront que c’est beaucoup, pour moi, cela ne fait qu’une fois tous les 10 ans !


Retenez que seuls les navigateurs qui restent au port ne talonnent pas ! Normalement aussi, les méditerranéens. En effet, ce n’est pas facile quand, entre Monaco et Collioure, il y a moins de bouées et tourelles que dans les seules baies de Morlaix ou de St Malo …

- Silver Shamrock









« Sur le Silver Shamrok « Diablesse », nous avons talonné lors de l’arrivée d’une course entre St Malo et Granville juste après avoir franchi la ligne d’arrivée !
Cette ligne avait été malencontreusement positionnée à proximité de la pointe du Roc pour faciliter le travail des pointeurs du Yacht Club de Granville.
Malheureusement, ils n’avaient pas prévu que nous arriverions sous spi à l’heure de la marée basse. Et à Granville, avec un coefficient de 117, il n’y a pas beaucoup d’eau !

- Ackel 38





Sur « Ackel », un 38 pieds, en 1983, je connaissais parfaitement l’existence des Pourceaux, ces haut-fonds proches de Dinard. Il s’agit d’une négligence liée au fait que sur un 38 pieds en régate, il n’est pas simple d’être à la fois, barreur, skipper, navigateur, tacticien et bosco.






-Sigma 38

Lors du National Sigma championship de 2003 à Dinard, j’ai été « shangaïé » par l’ équipage anglais du Sigma 38 « Festina Lente « intéressé par mes connaissances des cailloux de la baie de St Malo. Lors du dernier bord de la dernière manche à moins d’un mille de la ligne d’arrivée, nous étions 3ième. Au louvoyage, à proximité de la tourelle des Petits Pointus, nos concurrents directs n’ont pas osé l’approcher et ont tiré un bord.
Flairant la possibilité de les devancer, j’ai proposé au skipper, Philip, de « shunter » la tourelle, sachant, qu’il y avait un passage de 10 m entre deux cailloux. En bon régatier, il a accepté. 20 secondes plus tard, à 6.5 noeuds, nous avons percuté violemment le rocher le plus à l’est, puis continué notre route. Grâce à cela, nous avons gagné le National anglais et sommes restons bons amis. Le Sigma 38 est solide et n’a eu qu’un « souvenir » dans son lest en plomb.

-Bavaria 38




Aux Minquiers en 2008, sur un Bavaria 38, je le cite pour l’anecdote, et au ralenti, nous avons touché à l’approche de la Maitresse ile à 1° de l’alignement vers le Rocher blanc dont une perche était absente. Ce qui correspond surement à la déviation du compas. »


- Sun Odyssey 40 : Karibario








Proverbe chausiais : 
"CEUX QUI PRETENDENT N'AVOIR JAMAIS TOUCHE UNE" GRUNE " SONT DES MENTEURS"



Par petit temps, sous spi, vent arrière, à 4.5 noeuds, nous rasons les "cailles" du nord de Chausey Ronde l'ouest, Petite Entrée, la Saulnière..) Tout cela, afin de bénéficier d'un courant favorable mais surtout pour empêcher notre adversaire principal, le Class 10 "Les Rapetous" situé à une longueur de notre tableau arrière de nous " prendre "notre vent. En effet, nous sommes plein vent arrière et même parfois sur la panne. Depuis la grande Entrée, nous avons rattrapé l'A 31 qui n'a pas osé "jouer" avec les roches.



Soudain, un choc, plus surprenant que violent. Debout au pied de la descente, je venais d'indiquer au barreur qu'il pouvait maintenant  faire une route directe vers l'Etat, la prochaine tourelle. je me précipite alors vers la table à carte et un deuxième choc survient, plus violent, au point que l'écran de l'ordinateur se couche à l'horizontal ! Dans le cockpit, Yvan est projeté contre le roof.








Interloqué, sur Maxsea, je constate que notre point nous indique que LES CAILLOUX SONT PASSES, derrière nous. Mais un troisième choc se produit, le bateau se couche vers tribord alors qu'il empanne. Jan ordonne l'affalage du spi alors que 2 ou 3 autres petits talonnages se succèdent. Avec Claire au piano,  Eric et Damien étouffent le spi sur la plage avant.



Apparemment, nous avons retrouvé de l'eau. Nous renvoyons immédiatement le spi et reprenons notre route vers l'arrivée.



Pour la petite histoire, en temps compensé, nous devancerons les adversaires qui étaient à nos cotés.

Dès le lendemain, nous "sortons" le bateau (Sun Odyssey 40 )  au sec. Peu de dégats, quelques éclats d'enduit sur le bulb, le safran légèrement en "choux-fleur" . La liaison coque/pont est intacte.

Et dire qu'il y en a toujours qui prétendent que Jeanneau ne construit pas des voiliers solides !